Histoire du monument

Située dans un cadre naturel exceptionnel, entre les étangs de Salses et les Corbières, la forteresse offre aux visiteurs des points de vue remarquables et une atmosphère unique.

Elle fut construite de 1497 à 1504 sur ordre de Ferdinand II le Catholique, roi d’Aragon. Sa conception est celle de l’ingénieur Francisco Ramiro Lopez, commandeur et grand artilleur du roi, pour barrer l’accès du Roussillon à la France. Elle était destinée à remplacer un premier château, auquel la commune doit son nom de Salses-le-Château, mentionné dès 1007 et détruit lors d’un siège en 1496, situé sur une éminence rocheuse voisine.

La forteresse de Salses est un chef-d’œuvre de l’architecture militaire, conçue pour s’adapter à l’arrivée du boulet métallique, véritable spécimen de transition entre le château médiéval dont elle conserve le donjon et les tours cylindriques encadrant de longues courtines, et la forteresse moderne rigoureusement géométrique  et enfoncée dans le sol. Doté de murailles de près de 10 m d’épaisseur, l’ouvrage comprend trois à sept niveaux desservis par un labyrinthe de communication coupées d’une multitude de chicanes de défense intérieure. Le plan de défense de la place a conduit à fractionner la forteresse en trois parties autonomes, disposées d’est en ouest :

- la partie commune, organisée autour d’une cour quadrangulaire bordée sur trois côtés d’un portique à arcades donnant accès à la chapelle, aux casernements et aux écuries ;
- le réduit, séparé de la cour centrale par un fossé intérieur et une muraille à redent, abritant les locaux de servitude importants : magasins à poudre et aux vins, service des eaux, cuisines, fours, prison, salle des gardes ;
- le donjon enfin culminant à 20 m de hauteur, poste de commandement et logis du gouverneur et refuge ultime, isolé du réduit par des courettes facilitant à la fois l’éclairage et la défense.

L’ensemble du dispositif est renforcé par un vaste fossé sec précédé d’un glacis et, à l’est, au sud et au nord-ouest, par trois tours à bec détachées qui constituent autant de postes de défense avancés.

L’emplacement de la forteresse, justifié par la présence de sources fort utiles en cas de siège, occupe une position stratégique sur la voie principale reliant la France à l’Espagne, au cœur d’une étroite bande de terre coincée entre les massifs des Corbières et les marécages bordant les étangs.

Dès sa construction, elle subit l’épreuve du feu en 1503 alors même qu’elle est encore inachevée, la forteresse est l’objet des convoitises françaises et espagnoles : assiégée, prise et reprise en 1503, 1639, 1640, elle est définitivement conquise par les Français en 1642 après un quatrième siège. Le traité des Pyrénées du 16 novembre 1659 entérine son appartenance définitive à la France.

Dès lors, située loin de la frontière, elle perd son importance stratégique et manqua à plusieurs reprises d'être rasée compte tenu de la charge que représentait son entretien ; mais elle survécut et fit l’objet de réparations et de transformations à partir de 1691 sous la responsabilité de Vauban.