Histoire du monument

Située dans un cadre naturel exceptionnel, entre les étangs de Salses et les Corbières, la forteresse offre aux visiteurs des points de vue remarquables et une atmosphère unique.

Une forteresse espagnole

Située sur le « pas de salses », près de l’ancienne via Domitia, la forteresse est bâtie dans la plaine du Roussillon et contrôle l’étroit passage qui vient de « France », c’est-à-dire des places fortes de Leucate et de Narbonne.  Délaissant les hauteurs du premier château médiéval qui avait été détruit par les français en 1496, la couronne catholique espagnole décide de construire une forteresse d’un nouveau type architectural, capable de résister à l’artillerie moderne et de recevoir en temps de guerre une garnison de 1500 hommes. Les dimensions impressionnantes de ce monument sont stratégiques : dissuader, garder la frontière espagnole et être une machine de guerre, avec ses centaines de « bouches à feu », ses 300 cavaliers et une organisation militaire implacable pour tenir un siège de 30 jours, en attendant les renforts.
  

  

Le roi  Ferdinand II, roi d’Aragon et sa femme Isabelle, reine de Castille décident de confier cette mission à un génial artilleur, qui venait de restaurer l’Alhambra après sa victoire contre les maures, Francisco Ramiro Lopez. Il ne faut que 6 ans, de 1497 à 1503, malgré les marécages qu’il a fallu drainer,  aux centaines d’ouvriers spécialisés venus de Gérone, Castille, Navarre, Biscaye, Asturies pour élever cette place de 110m par 84m pour un montant équivalent à 20% du montant du budget annuel de la couronne d’Espagne.

La forteresse représente la quintessence de l’art militaire à la fin du XVe siècle par une Espagne forte, colonisatrice et dominatrice. Avec sa géométrie régulière, son enfoncement dans le sol, ses ouvrages de défense avancés, ses batteries d’artillerie, ses quatre corps de bâtiment, ses 12 m d’épaisseur de muraille, ses dédales de coursives, chicanes, pièges, galeries de contre-mine, son deuxième réduit de défense  et son donjon entièrement fortifié, Salses est unique en son genre, véritable architecture de transition entre le château médiéval et le fort bastionné. Elle va tenir son rôle jusqu’en 1642 où elle sera conquise par les Français, dans une Espagne divisée.
  

  

Le traité des Pyrénées, en 1659, entérine l’appartenance du Roussillon à la France. La frontière est alors reportée sur la crête des Pyrénées. Partiellement restaurée par Vauban, devenue prison d’Etat, et poudrière pendant tout le XIXème siècle, elle est sauvée de la destruction grâce à son classement en monument historique en 1886 et sa gestion par le Ministère des Beaux-Arts à partir de 1930.

Une histoire frontalière guerrière et meurtrière

En août 1502, alors que la forteresse de Salses n’est pas terminée, les français préparent l’invasion du Roussillon. Ils sont devant Salses le 3 septembre 1503. La garnison est défendue par 1000 soldats  et 350 cavaliers d’élite sous la direction de Don Sanche de Castille, capitaine général de la frontière du Roussillon. Ramiro Lopez est dans la place. L’armée française, commandée par le Maréchal de Rieux dispose de 16 000 hommes (1000 lances, 15 000 piétons) et 30 grosses pièces d’artillerie. Le siège dure un mois avec des tirs d’artillerie incessants. Voyant arrivée une troupe de renforts de 3000 soldats, 6000 cavaliers et 20 000 piétons, les français, épuisés par une guerre d’usure qui a coûté la vie à des centaines d’hommes, lèvent le siège.  Les espagnols les poursuivent et prennent la place forte de Leucate. Une trêve est conclue.
  

Les français récupèrent le château de Leucate et les espagnols, forts de l’expérience de cette bataille, renforcent la forteresse en ajoutant un talus d’escarpe maçonné pour doubler l’épaisseur des murailles à la base, condamnant ainsi les canonnières basses. Par contre, les canonnières hautes sont renforcées et perfectionnées. Toutes les poternes sont condamnées, sauf celle du front nord-ouest.

Ces travaux dissuadent les français durant un siècle. En 1544, François 1er et Charles Quint signent la paix.
  

Pendant la guerre de trente ans (1618-1648), l’Espagne soutient l’Allemagne, entrainant un conflit avec la France. En juin 1639, Richelieu qui souhaite annexer le Roussillon envoie ses soldats attaquer Salses. Ils s’emparent des postes secondaires comme le château d’Opoul, Rivesaltes, Claira et Salses est encerclé. Sous les ordres du Prince de Condé et du Maréchal de Schomberg, le 6 juillet 1639, un premier assaut est donné mais  échoue et provoque la mort de 600 hommes. La garnison n’était que de 500 hommes et ne put tenter de sortie. Le 19 juillet, c’est l’offensive, une brèche est faite et la place est prise.

Devenue française, la forteresse est dirigée par le comte d’Espenan, commandant une garnison de 2000 hommes et 300 cavaliers. Mais les espagnols réagissent vite et attaquent dès septembre 1639 par une armée espagnole sept fois plus nombreuse. Le commandant Santa Coloma dispose d’une armée de 30 000 hommes et de 4000 cavaliers. Les français se défendent bravement et quittent la place « avec les honneurs » le 6 janvier 1640 :  1200 hommes ont pu sortir avec armes, bagages, bannières déployées. Ils avaient attendu désespérément l’armée de secours du Prince de Condé, mais des déluges d’eau empêchèrent celle-ci d’arriver.
  

Des troubles intérieurs graves éclatent en Espagne, et les Catalans se tournent vers le roi de France.  Finalement le traité de Péronne est signé en 1641, Louis XIII devient comte de Barcelone, du Roussillon et de Cerdagne. L’armée française investit Perpignan en septembre 1642 et Salses est assiégée et capitule le 15 septembre 1642.

Le traité des Pyrénées donne le Roussillon à la France en 1659. La frontière est alors reportée sur la crête des Pyrénées.